Fiche d’information, 3 septembre 2026 – Un nom sur une carte a son importance. Les remous récents autour du changement de nom du lac Ontario, rebaptisé « Lake America », l’ont rappelé de manière spectaculaire : derrière quelques mots inscrits sur une carte se cachent parfois des enjeux liés à l’histoire, à l’identité, à la culture… mais aussi au pouvoir.

Mais qui décide, en Belgique, du nom qui figure sur une carte ? Cet article répond à quelques questions importantes.

Qui décide des toponymes en Belgique et en Europe ?

En matière de noms de lieux, on peut distinguer deux grandes catégories. D’un côté, les noms officiels, comme les noms de communes, de régions, de provinces ou de rues, qui sont fixés par les autorités publiques. De l’autre, les noms non officiels ou noms d’usage, qui se sont imposés au fil du temps par la pratique et la tradition. C’est le cas de nombreux fleuves, montagnes, forêts, lieux-dits ou éléments du paysage.

En Belgique, il n’existe pas une seule institution qui décide de tous les noms géographiques. Selon le type de lieu concerné, les décisions peuvent relever de l’État fédéral, des Régions, des Provinces ou des Communes. Pour les questions linguistiques, historiques ou scientifiques, les autorités peuvent également demander l’avis de la Commission royale de Toponymie et de Dialectologie (CRTD/KCTD), une instance composée de spécialistes des noms de lieux. Son rôle est toutefois consultatif : elle conseille, mais elle ne décide pas.

Pour les noms qui ne sont pas officiellement définis par une autorité, comme de nombreux cours d’eau, lieux-dits ou éléments du paysage, l’usage local joue un rôle essentiel. En d’autres termes, ce sont souvent les habitants et l’histoire qui font vivre et perdurer ces noms.

Enfin, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’existe pas une « autorité européenne des noms de lieux ». Chaque pays reste souverain en matière de toponymie et gère ses propres noms géographiques selon ses règles.

Existe-t-il une organisation internationale qui supervise cette question ? Au niveau européen ? Mondial ?

Au niveau mondial, il existe un organisme des Nations Unies appelé le Groupe d’experts pour les noms géographiques, ou GENUNG. Son rôle n’est pas de décider du nom des villes, des fleuves ou des montagnes à la place des pays, mais plutôt d’élaborer des recommandations pour que les noms géographiques soient utilisés de manière cohérente dans le monde entier.

Concrètement, il encourage, par exemple, les États à respecter les appellations locales, à éviter les changements de noms inutiles, à appliquer des règles orthographiques cohérentes et à préserver les particularités linguistiques, comme les accents ou autres signes diacritiques. L’objectif est de faciliter la cartographie, la navigation, les échanges internationaux et le partage des données géographiques.

En Europe, il n’existe pas d’autorité équivalente chargée de veiller à l’utilisation cohérente des noms géographiques. Les pays échangent leurs expériences et collaborent dans des réseaux d’experts, mais chaque État reste libre de décider des noms utilisés sur son territoire.

Qui est responsable de la gestion des toponymes en Belgique ?

En Belgique, c’est l’Institut géographique national, l’IGN, qui est chargé de la gestion des noms de lieux. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est en réalité un travail très important. Entre les noms de communes, de rivières, de forêts, de lieux-dits, de quartiers ou encore de collines, il existe des milliers de toponymes. Certains ont plusieurs orthographes, d’autres sont connus sous différents noms selon la langue ou les habitudes locales.

Le rôle de l’IGN est donc de collecter, vérifier et documenter ces noms afin de garantir que tout le monde parle bien du même endroit. Toutes ces informations sont rassemblées dans une base de données nationale qui sert notamment à la réalisation des cartes et des services géographiques.

Pour effectuer ce travail, l’IGN s’appuie sur trois grands principes:

  • Le premier est le respect de l’usage local. Lorsqu’il faut vérifier un nom de lieu, l’IGN consulte les autorités communales ainsi que des habitants ou des spécialistes qui connaissent bien la région concernée. L’objectif est de retenir les noms réellement utilisés sur le terrain.
  • Le deuxième principe est le respect des orthographes reconnues. Pour les communes, les rues ou les autres entités administratives, l’IGN utilise les appellations officielles publiées par les autorités. Pour les noms géographiques traditionnels, comme certains cours d’eau ou lieux-dits, il s’appuie sur les recommandations des experts de la Commission royale de Toponymie et de Dialectologie.
  • Enfin, le troisième principe est le respect de la législation linguistique belge. Les noms de lieux apparaissent dans la langue de la région concernée : en néerlandais en Flandre, en français en Wallonie, en allemand dans la Communauté germanophone et dans les deux langues à Bruxelles.

Ce travail contribue à préserver un patrimoine souvent méconnu mais très précieux. Les noms de lieux racontent l’histoire des territoires, de leurs habitants et de leurs paysages. L’IGN applique également les recommandations internationales des Nations Unies en matière de toponymie et représente la Belgique au sein du Groupe d’experts des Nations Unies pour les noms géographiques UNGEGN.

La Belgique peut-elle modifier librement un toponyme (par exemple le nom de la Meuse) ?

Oui, la Belgique peut modifier le nom officiel d’un lieu situé sur son territoire, à condition de respecter les procédures prévues. On l’a vu récemment avec la création de la commune de Pajottegem, issue de la fusion de Galmaarden, Gooik et Herne.

En revanche, changer le nom d’un élément géographique majeur comme la Meuse serait une tout autre affaire. La Meuse est un nom utilisé depuis des siècles. Il fait partie de notre patrimoine historique et culturel et est connu bien au-delà des frontières belges. Un changement de denomination serait une grande perte pour le patrimoine belge. De plus même si la Belgique décidait de lui donner un autre nom dans ses documents officiels, cela ne voudrait pas dire que les autres pays feraient de même. La France, les Pays-Bas, les atlas, les cartes internationales ou encore les services de navigation pourraient continuer à utiliser le nom « Meuse ».

C’est d’ailleurs pour cette raison que le GENUNG recommande généralement d’éviter de modifier les noms géographiques bien établis. La stabilité des toponymes facilite la communication, la cartographie et la préservation du patrimoine.